mercredi 18 mai 2011

Terrence Malick, le cosmos et l'infini



Il y a 2 façons d'aborder le cosmos et l'infini.
Soit Dieu existe, soit il n'existe pas et la question des origines reste ouverte.





Terrence Malick ouvre son film "The Tree of Life" par une réflexion sur la Nature et la Grâce. La Grâce ou la main de Dieu est douce et chaude. Elle aime, pardonne, enveloppe. Elle est cohérente et rassurante, aérienne et évanescente.
La nature est froide ou parfois brulante. Elle reprend le lendemain ce qu’elle a donné la veille. Elle nourrit comme elle affame. Elle engendre comme elle tue. Elle est tellurique et violente, paradoxale et cyclique, chaotique et divinement ordonnancée.
« La Grâce se fait insulter, réprimander, écraser mais ne bronche pas. C’est l’amour et le désintérêt, la plus pure forme du don ». Elle est incarnée dans le film par la mère.
« La Nature cherche le profit, à s’imposer sur les autres et à survivre ». Elle est incarnée par le père.
Si dieu existe il peut se concevoir suivant deux principes fondamentaux antagonistes. Sur le principe de la foi qui vénère un Dieu et une religion révélée. Sur le principe de la philosophie qui avance le concept d'un principe créateur, ce que certains ont nommé le Gadlu (Grand Architecte de L’Univers), sur la base d'une réflexion pouvant mettre en jeu les deux hémisphères du cerveau. Pascal affirmait qu'on pouvait accéder à Dieu par 2 voies distinctes: la Raison qui par la connaissance discursive parvient à l'être suprême, et le Cœur, c.à.d. l’intuition qui saisit Dieu directement et spontanément.
Je pense que les deux voies conduisent de concert à ce questionnement spirituel, de même que la Nature et la Grâce sont deux explications complémentaires sur la vie et le cosmos qui sont toutes deux à la fois endogènes et exogènes à l'entendement humain, qui l'animent et qui l'englobent. L'amour est à la confluence des deux. Il n'est ni complètement biologique ni complément spirituel. Il est les deux à la fois, dans une alchimie de l'esprit et du cœur.

Concernant la Nature et la Grâce, je pense finalement que le père comme la mère possède les deux en lui. L’homme a sa part de féminité et de grâce. La femme a sa part de virilité et de nature brute. Ce que l’un incarne en yang, l’autre le possède en yin.

C'est Leibniz qui a introduit en 1714 cette dualité entre la Nature et la Grâce dans ses "Principes de la Nature et de la Grâce fondés en Raison".
Il conçoit Dieu comme un grand architecte ou un géomètre génial qui a créé l'univers avec un souci d'économie et d'écologie maximales.
Il produit le meilleur des mondes possibles avec un maximum d'effets pour un minimum de causes. La cause ultime étant lui-même.

Sur le plan économique, Dieu a doté la nature d'un principe d'évolution des espèces.
La Nature évolue imperceptiblement par mutations successives à partir de l'impulsion de départ. Elle ne progresse pas par saccades mais de façon continue et harmonieuse. Elle utilise des enchainements rationnels, des formes esthétiques, des formules logiques et des proportions harmonieuses. Par cela la Nature démontre un caractère grandiose et une beauté divine. On retrouve tout cela dans le film de Malick. La perte d'un enfant est un drame, une catastrophe pour la famille. Par contre vue sur le niveau planétaire ou même national, c'est une statistique.

De même, la collision d'une météorite avec la Terre a pu causer des cataclysmes et la disparition de nombreuses espèces dont les dinosaures. A l'échelle de l'univers, c'est un épiphénomène.
Une cellule cancéreuse ou un gêne défectueux peut bouleverser la vie d'une personne ou d'une famille, mais au niveau de la vie biologique d'une communauté c'est quasiment indécelable et sans effet.

Sur le plan écologique, Dieu a doté la Nature d'un principe de cohabitation entre les espèces.
Ces dernières sont compossibles c.à.d. que non seulement elles ne se détruisent pas mutuellement, ce qui aboutirait à une extinction progressive de la vie, mais elles se combinent pour donner de nouvelles créations.
Donc foncièrement la Nature est belle et porte en elle la marque de la Grâce divine. Elle suffit peut-être à donner un sens à notre vie et à en surmonter les péripéties.

Pour Leibniz, dans ce contexte, l'homme est prédéterminé dans son essence et son caractère, mais il conserve son libre arbitre sur ses actions et sur la conduite de sa vie. Il est à même de contenir ses pulsions d'agressivité, de rigidité ou de gourmandise. Il échappe à la nécessité et il assume ses actes au regard de la morale. La liberté existentielle renvoie donc à une éthique de l'action. Ses actions sont en harmonie avec le cosmos et le meilleur des mondes possibles lorsque l'homme est touché par la Grâce.
Et puis dans l'infini il y a "non fini" et donc il y a l'homme dans sa finitude qui questionne Dieu dans son infinitude.
Le règne moral de la Grâce est en harmonie avec le règne physique de la Nature.
Cela peut enrichir la grille de lecture du propos de Malick.

Voir aussi:
http://www.playlistsociety.fr/2011/05/the-tree-of-life-de-terrence-malick/15105/
http://www.abusdecine.com/fiche-film.php?numero=3967
http://misterteesmovieclic.zeclic.fr/2011/05/17/the-tree-of-life-terrence-malick-interroge-la-place-de-lhomme-sur-terre/
http://nicolinux.fr/2011/05/17/tree-of-life-malick/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Terrence_Malick

1 commentaire:

Profil a dit…

Pour moi, comme je pense pour l'auteur, le Divin est a-religieux. Il est le principe créateur de la Nature (de l'Univers et de la Vie) et il est l'inspirateur de la Grâce.
La religion serait une vision historisée et lyrique de ce principe facilitant l'accès à la spiritualité mais trop souvent simpliste et dogmatique. Donc génératrice d'incompréhensions et de conflits.
Le problème, Malick le montre bien dans son film, c'est que l'Homme n'est pas toujours touché par la Grâce... Il suffit de s'intéresser à l'actualité pour s'en convaincre.