jeudi 25 novembre 2010

La fable du fabuliste incertain de Roland Dubillard



Je crois que je vais réciter une fable. Ce sera la fable d'un homme que j'ai connu. D'un homme, comment dire, oui, d'un homme mais distingué. Je veux dire que quelque chose le distinguait des hommes ordinaires. Cette chose c'était sa main gauche. Elle sortait trop de l'ordinaire pour qu'il la sortît volontiers de sa poche, cet homme, sa main. Il en avait honte. Elle était en bois.
Ce n'est pas que le bois en lui même lui parût une chose honteuse, à cet homme. Non, même une main en bois qu'il eût trouvée par hasard, il l'aurait serrée volontiers. Que cette main en bois lui appartînt à lui n'était pas non plus ce qui le rendait honteux.
Non: il y a des hontes qui ne se raisonnent pas. On pourrait croire que ma fable s'arrête là, avec cette morale déjà forte. Pourtant, je continue, vous allez voir.
(à suivre...)

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